Traces de la Perse ancienne, superbes miniatures et roses d'Ispahan : Ces images d'Epinal - si elles appartiennent à la mémoire collective de l'humanité - ne témoignent pas de la richesse, de la complexité et de la vitalité de la culture iranienne contemporaine. Elles n'indiquent pas que soixante pour cent des Iraniens ont aujourd'hui moins de trente ans et que leur pays est le premier du Moyen-Orient en nombre d'internautes et de bloggeurs. La jeunesse et les technologies numériques sont autant d'outils de créativité, autant d'appels à une liberté revendiquée pour son pays par le peuple iranien et refusée sans cesse à celui-ci depuis les événements survenus en 1979. Cette soif de liberté constitue aussi une aspiration légitime à la modernité, dont la première Semaine culturelle iranienne révélera les nombreuses facettes aux Strasbourgeois : cinéma, littérature, peinture, musique mariant les traditions orientales et occidentales, comme le montre le film "Les chats persans" réalisé par Bahman Ghobadi et tourné dans la clandestinité. Une telle créativité donne une vision de l'Iran bien différente de celle à laquelle un immense public est accoutumé.
Comme tant d'autres peuples, les Iraniens ont le sens de la fête et de la convivialité. Dégustations de spécialités culinaires et réjouissances caractéristiques auront lieu pendant ces sept jours. Comme ces célébrations à l'existence millénaire marquent l'entrée dans la nouvelle année - le Noruz -, ce passage sera marqué au Pavillon Joséphine. Auparavant, et à la Salle du Baggerssee, la Fête du Feu aura montré que cet élément est un symbole universel. Il est autant l'objet de festivités chez les Iraniens que parmi divers peuples européens.
Un tel dénominateur commun rappelle que le dialogue entre les civilisations existe réellement. Le regard de deux photographes strasbourgeois sur la nation située entre la Mer Caspienne et l'Océan Indien sera l'objet d'une exposition présentée durant cette Semaine culturelle. Oeuvre d'Iraniennes et d'Iraniens établis aujourd'hui parmi nous autant que d'autres acteurs de la vie culturelle, la manifestation témoignera d'une parole que chacun comprend et peut s'approprier. La revendication de la démocratie en constitue l'un des mots essentiels. "Je suis resté aveugle à force de pleurer" écrivait jadis le poète Hafiz. Espérons tous ensemble pour que ce propos ne soit plus, dès que possible, à l'ordre du jour. Puisse la Semaine culturelle iranienne y contribuer.
Roland RIES
Sénateur-Maire de Strasbourg
